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28-01-2012
Cie 25 Watts dans Mythologie
Quand et où ?
25 février : Festival Scènes d'hiver à Vic sur Seille (57) Mythologie (2 représentations) à 19h et 22h
La presse en a parlé !
(...) Mythologie, spectacle en travaux de la Cie 25 Watts, dont la seule description suffit à mettre le folliculaire au placard : "Tentative de conférence mythologique, héroïque, burlesque et bordélique, spectacle olympien de sons et objets en 3D, en couleurs et en plastique." Tout est dit.
"Et là le petit Persée, il décide de devenir un héros"
Dans les faits, cela commence par une table pas trop grande avec ficelle et pinces à linge à la tranche, une lampe de bureau, une chaise au dossier orné de l'inscription "le capitalisme est à l'agonie" – on ne sait pourquoi, d'autant qu'elle ne servira pas. Et cela continue par une jeune femme en robe noire, entrée les bras encombrés d'un indéfinissable fatras enveloppé de plastique bleu.
Son truc, on l'a compris, c'est de raconter la mythologie. La grande, la grecque, avec ses dieux ses héros et ses incroyables péripéties. En couleurs parce que c'est plus visuel et en 3D parce que c'est à la mode. Avec des objets donc. Une fois le cadre posé à grand renfort de cartes postales de récupération – Athènes, Delphes et son oracle shooté à la retsina, Thèbes et son Oedipe complexé, Sparte et ses sportifs, la Crète, Troie et l'Olympe – voici venu le temps de commencer.
Ah, l'Odyssée... Elle commence avec le Turc Pâris, son Hélène danseuse de french cancan et le fameux cheval de Troie. Ulysse ? Pas une lumière – "il en a quand même mis du temps pour rentrer" – donc une simple ampoule mise en contact avec les bornes d'une pile électrique. Ce qui ne l'empêche pas de rencontrer Sirènes en forme de foie de morue (enfin, de boîte de), tempête au pistolet de ménage, Cyclope à l'oeil bleu électrique, Circé de chiffons et patata. Ni de retrouver à la fin son Télémaque de fils, encore moins lumineux que lui, son araignée tisseuse de Pénélope. "Donc ça finit bien", conclut la narratrice au son des p'tits z'oiseaux et de la boîte à meuh.
Bien d'autres héros se sont faits voir chez les Grecs. Parmi eux Thésée, égaré dans un labyrinthe-cerveau à forme de noix où il trucide l'âne Minotaure avant d'abandonner Ariane, qui trouvera heureusement à se consoler dans le porto de Dionysos. Parmi eux encore, Persée, le fils de Danaé et d'une pluie d'or : saisi dès l'enfance par la vocation, il règle son compte à une Gorgone herpétique (entendez par là serpentiforme et non atteinte d'herpès) avant de délivrer Archimède. A moins que ce ne soit Andromède. Enfin, une -Mède quelconque... "Et ça finit bien", piou-piou. Sans même évoquer les dieux et déesses aux destins tout aussi fantastiques, de Déméter et sa Perséphone de fille à ce Schtroumpf d'Eros qui ne sut se révéler à l'amour de Psyché. "Et donc il retourne chez sa mère. Ben oui, les hommes c'est comme ça." Etc.
"Donc en fait ça finit mal,
mais j'ai pas de bruit pour quand ça finit mal"
Que dire, sinon qu'on adore ce genre de travail voué à rester toujours en chantier, revendiquant haut et fort sa méthodologie du grand bazar et de l'anti-manipulation pour le plus grand bénéfice de la rigolade ? Car tout de même il y a là de quoi offusquer le marionnettiste sérieux, le vrai manipulateur de tiges, fils ou gaines...
Les marionnettes ? Y en a pas, remplacées qu'elles sont par un amoncellement de poupées en costumes nationaux récupérées ici et là, de peluches, de bidules en plastique comme on en tire dans les machines de fête foraine, de pelotes, de cartes postales plus ou moins ad hoc, de jouets de bois ou pas, d'ustensiles variés à l'absurde diversité. Invité dès l'âge de six ans, le bambin regarde ce capharnaüm avec autant de convoitise que d'étonnement devant ce qui en est fait. Quant à la manipulation... Elle consiste le plus souvent à montrer l'objet en vitesse avant de s'emmêler les crayons dans un farfouillage placide, quand elle ne se mêle pas d'élastiques claquant sur les doigts – "aïe !" – de secouages, de pirouettes, de méli-mélo gestuels où le bambin d'il y a quelques lignes reconnaît sans peine sa façon de reproduire le mouvement de la mer ou le vol de l'oie sauvage.
Comédienne au possible, langue tirée de concentration, la narratrice narre d'un ton à la fois hésitant et tranquille, un chouia naïf et ravi de tout, multipliant les raccourcis périlleux, les syncopes, les coq-à-l'âne et les tête-à-queue. On ne s'y trompera pas : quoique expédiée par-dessus les moulins, sa mythologie est exacte et le pinailleur n'y trouve guère que deux approximations, sans gravité dans le b...el ambiant (une Héra rebaptisée d'un trop latin Junon au milieu des noms grecs, une voile blanche qui aurait dû être noire, passons). Comme est voulu le bric-à-brac fantasque et fatrasique de ce spectacle pour toute la famille : aux petits la découverte légendaire par les retrouvailles avec un jeu de mercredi pluvieux ; aux grands le plaisir de l'absurde et des fausses maladresses. Un bonbon de spectacle. ||
Jacques-Olivier Badia (Novembre 2011 Marionnettissimo)